pardonner
pardonner

La maîtresse demande à la petite fille de 6 ans de reprendre la suite de la lecture. La petite fille rêvait, elle ne savait pas où s’était arrêté son camarade de classe quand soudain elle reçu un choc : une gifle !  la gifle. Cette gifle elle ne l’a pas oublié des décennies plus tard, non pas parce qu’elle avait eu un oeil au beurre noir car la chevalière de la  maîtresse avait heurté son arcade, non, elle ne l’avait pas oublié parce qu’elle avait été agressée, injustement par celle qui a ses yeux representait un modèle de conduite : l’enseignante.

Elle avait apprit à lire, fait des études, s’était épanouie, pourtant cette giffle revenait de temps à autre frapper ses souvenirs d’enfance.

Il y a quelques jours la petite fille devenue femme et maman croisa le chemin de la maîtresse dans son village d’enfance. Une vieille dame, ridée et veuve. Sa démarche hésitante et ses tremblements reflétaient la silhouette d’un être faible, vulnérable. Elle s’adressa à la femme qui était son élève. Elle ne l’a pas reconnu. La jeune femme ne lui dit pas qu’elle était dans sa classe. Peut-être par ennui, peut-être par culpabilité la maîtresse se mit à conter ses glorieuses années pendant lesquelles son défunt mari qui était aussi instituteur et elle-même, avaient enseigné la lecture et l’écriture à des centaines d’enfants, leur valant les Palmes Académiques. Elle fanfaronnait, se redressait, se tortillait en souriant, débordant de préomptuosité elle ne cessait de se vanter ajoutant : Oh, on les vissait, on ne voulait pas le bazar dans la classe. La jeune femme ne pipait mot, son regard s’arrêta soudainement sur la main de la vieille dame, quand elle vit LA chevalière. Elle était toujours là, après des dizaines d’années, narguant la jeune femme, se rappelant au bon souvenir de son oeil encore meurtri de l’intérieur. La maîtrise ne se doutant pas des émotions qui jaillissaient de toute part à l’intérieur de la jeune femme poursuivait : un jour, j’en ai eu un qui ne se tenait pas tranquille, je lui ai mis une bonne raclée. Une bonne raclée ? C’était la phrase de trop ! La jeune femme lui lança, moi aussi vous m’avez frappé. J’étais dans votre classe au cp, j’étais sage et réservée et vous m’avait gifflé parce que je n’ai pas su suivre la lecture, j’étais gentille et vous m’avez frappé avec la chevalière que vous portez j’ai eu l’oeil bleu. Un silence s’abbatu sur les deux femmes. La vieille dame fit mine : je me souviens. L’ex-élève reprit : moi aussi je me souviens, je n’avais que 6 ans et je m’en souviens encore. La vieille dame dans un moment de gêne murmura : je m’en excuse. C’est la petite fille cette fois qui répondit : « j’accepte vos excuses ». La petite fille pardonna à la maîtresse et la jeune femme pardonna à la vieille dame, les rôles s’étaient inversés, l’une était devenu forte et l’autre vulnérable. Une page s’est refermée.

Je lui ai pardonné.

Le pardon serait salutaire ? Un ancien condamné à mort américain raconta que lorsqu’il a rencontré les parents du jeune homme qu’il avait tué quelques années auparavant, il avait ressenti la peur de sa vie. Ensuite, les parents de la victime se seraient approchés et lui auraient dit : nous te pardonnons. Il dit alors : En me montrant ce que c’est qu’être humain, ils m’ont aidé à prendre conscience de mon crime. »

Etait-ce que j’avais fait en pardonnant à la maîtresse ? Lui avais-je montré ce que c’est qu’être humain ? Les livres religieux disent : « Ne jugez pas et vous ne serez point jugés. » En accablant, nous jugeons, mais c’est si difficile de ne pas juger lorsque l’on est blessé.

Qu’est-ce que le pardon finalement ? est-ce l’acte d’accepter les faiblesses de l’autre, celui qui nous a fait du mal ? Se mettre à sa place en se disant que peut-être nous n’aurions pas fait mieux, ou que peut-être en lui pardonnant nous l’aiderons à changer, prendre conscience de ses actes.

Je crois aux vertus du pardon. Il est difficile car la colère et la douleur sont coriaces, mais pardonner est l’un des actes des plus nobles qui soit, on ne regrette jamais d’avoir pardonné à une amie, une mère, un frère, une tante, un collègue mais à contrario on fini toujours par regretter les rancunes, les rancoeurs qui nous crèvent le coeur et nous consumment l’âme à petit feu. La rancune est un sentiment négatif qui crée des tensions intérieures néfastes. Le pardon est un acte de courage, un acte de liberté, en pardonnant , je me libère de ma colère, je tourne une page, j’avance, je grandis. Pardonner libère, fait du bien et nous réconcilie avec les gens, avec nous-mêmes. Pardonner c’est se prouver que l’être humain est capable de belles choses, d’actes nobles. Pardonner c’est admettre que l’homme a ses faiblesses, que nul n’est parfait. Pardonner c’est choisir d’avancer. Pardonner c’est se délester de ce poids de haine, pardonner est un cheminement vers l’épanouissement, pardonner c’est s’acquitter de cette dette de haine. Pardonner ce n’est pas effacer, on n’efface pas l’acte on accepte simplement que l’autre a faibli, que son acte est répréhensible mais que l’on choisi d’avancer et de refuser de ressentiment négatif.

Pour pardonner il faut  prendre conscience, accepter que l’on a été blessé et ne pas avoir peur de se confronter à l’autre. Ensuite c’est un dialogue, un chemin à faire avec l’autre, avec soi-même.

« Ce qui fait la force des caractères bien trempés, c’est qu’ils savent haïr, et la faiblesse des âmes vulgaires, qu’elles ne savent pas pardonner.”

Citation de Hyacinthe de Charencey ; Esquisses et sentences (1891)

 

Bonne lecture et vous, savez-vous pardonner ?


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4 thoughts on “Pardonner c’est choisir d’avancer”

  1. Bonjour Ines

    Une bien belle leçon que vous exprimez joliement, bravo !!!
    Vous vous etes elevee au dessus de cette dame
    Une citation dont je ne connais l auteur dit
    Garder une dent contre l autre c est comme prendre du poison…
    Je suis assez rancuniaire, vice de famille mais je me soigne avec le temps j y arrive !!!

    Cordialement

    Cerise

    1. Ma chère Cerise,
      Votre message me touche énormément… c’est vrai la rancune est comme du poison, mais reconnaitre que vous pouvez l’être parfois c’est la preuve que vous avez déjà commencé à prendre le chemin du pardon. Vous y arriverez avec le temps.
      Merci pour votre magnifique message.
      Je vous embrasse.

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